Le fondateur / créateur

Olivier Campardou : Fondateur

Précurseur en Europe pour la production de lait d’ânesse et de produits élaborés, Olivier Campardou vit en Ariège, au pied des Pyrénées, dans le pays du Couserans où l’on vit bien, plus doucement qu’ailleurs. Solide sous son immense béret, l’homme est jovial, mais pas seulement ! Olivier Campardou fulmine de projets ou d’actions qu’il mène à bien, comme la production et la transformation du lait d’ânesse mais aussi une crêperie estivale, la Route de la Glace, une exposition photo sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle ou encore le labour du jardin scolaire avec des mules…

Au temps fort de la crise de l’emploi, voulant vivre au pays, c’est dès 1995 qu’il se lance dans l’élevage d’ânesses dans l’optique de transformer le lait… en savonnettes ! Il connaît bien les ânes. Dès 8 ans, il en possédait déjà un, acheté contre l’avis familial à l’une des deux foires aux ânes de Saint-Girons.
C’est décidé, il va faire du lait d’ânesse et ceci pour deux raisons principales : il ne veut pas quitter le pays et avec son épouse d’alors, ils ont une vraie passion pour les équidés.

Des débuts agricoles

Mais pour en vivre à deux, il faut aller vite.
Charlotte prend le statut d’agricultrice pendant qu’ Olivier Campardou prépare son BEPA
et avec l’aide d’amis, ils achètent leurs premières bêtes.
Le troupeau se compose progressivement d’une quarantaine d’ânesses et de trois étalons. On y trouve des ânes des Pyrénées, des ânes d’Espagne, Grand Noir du Berry et âne du Cotentin.

En 1998, Olivier Campardou est le premier jeune agriculteur français reconnus avec un élevage particulier : celui des ânes. Les subventions obtenues sont investies mais il faut trouver des débouchés et commercialiser les produits le plus rapidement possible pour tenir la trésorerie à flots : le début d’une frénésie de démarches multiples qui conduisent Olivier Campardou à se rendre à diverses foires équines en France, puis de prendre rendez-vous annuellement avec le Salon de l’agriculture, à l’étranger notamment
en Espagne et d’entreprendre la mise au point d’une gamme complète de produits dont il va superviser la réalisation, la présentation et la commercialisation.
Enfin, une gamme presque complète puisqu’il n’a jamais été question de fabriquer du saucisson d’âne !

Différents outils commerciaux

Pour diverses raisons, Olivier Campardou a créé Asinus en 2002 et c’est la marque déposée pour la gamme de produits. Puis, en 2007, une nouvelle société SABO chargée plus spécifiquement de commercialiser les produits élaborés est lancée.

Une part importante des produits est vendue directement au consommateur par correspondance et sur des lieux bien identifiés comme le Salon de l’Agriculture à Paris, la célèbre Foire aux ânes de Lignères-en-Berry chaque lundi de Pentecôte, “ Autrefois le Couserans ” le premier week-end d’août à Saint-Girons et chaque samedi sur le pittoresque marché de cette même petite ville des Pyrénées centrales, où Olivier connaît tout le monde !

Le journal, quatrième numéro, est largement diffusé et constitue un support essentiel pour la vente directe, la promotion et l’impact médiatique. Bien au-delà des adeptes de l’âne, une fidèle clientèle visiblement satisfaite des produits proposés passe commande ainsi régulièrement. En complément, pas moins de 300 revendeurs en France et des distributeurs en Suède, en Suisse, Espagne et depuis peu au Japon sont dépositaires de tout ou partie de la gamme.

Passion savon

A l’adolescence, je me demandais souvent ce qu’était le savon ? Était-il fabriqué, récolté ? Pour moi, le mystère restait entier.Avec gentillesse, M. Esposito, maître savonnier dans une importantesavonnerie marseillaise, me proposa d’apprendre. Durant plus de trois ans, nous nous rencontrions à peu près trois aprèsmidi par mois et il me divulguait des techniques, des trucs et des secrets essentiellement centrés sur la fabrication du savon grenu (les savons de Marseille et d’Alep en font partie).

Il m’apprit la façon de faire le savon blanc de Marseille d’avant 1823, avec de l’huile d’olive première pression qui, lorsqu’il est bien liquidé sur gras, devient blanc avec une légère nuance verte. Cet homme transforma ma petite
curiosité en véritable passion. Il m’offrit peu avant sa mort l’édition originale du “ Traité pratique de savonnerie ” de Édouard Moride, paru en 1888, un très beau livre de référence qui m’aide beaucoup. Après avoir quitté Marseille, j’ai exercé un tout autre métier et ne trouvant pas de savon comme j’en avais l’habitude, je le fabriquais dans ma cuisine, dans une marmite en fonte ! L’épanouissement personnel peut-il s’accomplir sans un travail en adéquation avec sa passion ? Et je décidais de revenir vers le savon !

Je fis un stage dans une autre spécialité, la savonnetterie. Je repartais pour Marseille dans la savonnerie du Capricorne chez M. Constantin, inventeur du savon au miel. J’ai rencontré mon père spirituel qui m’apprit avant  tout à questionner et à comprendre la moindre de ses interrogations. Il pouvait passer des heures à regarder les abeilles qui abordaient une fleurpour savoir s’il n’y avait pas une logique dans cela. Le stage de 6 mois devînt une collaboration de deux ans ! Quand Olivier Campardou est venu me voir à mes débuts avec son lait d’ânesse, j’ai envisagé toutes les manières possibles pour créer un savon respectant ce produit si rare, surtout à l’époque. A ma La savonnerie est l’art et la manière de créer, par une réaction chimique entre un corps gras et une base, un sel d’ester d’acide gras qu’est le savon. Trois grands types de fabrication existent :

La méthode de saponification à froid

Les corps gras et la soude sont mélangés et après avoir amorcé la réaction, elle se continue de façon autonome. Tous les éléments se trouvant dans les huiles et qui ne constituent pas le savon seront dans un dispersant qui lie les molécules de savon entre elles (entre autres l’eau et la glycérine). Son principal avantage est sa simplicité de fabrication. Il est chargé en glycérine, ce qui est positif en cosmétique car les glycérols sont de très bons hydratants. Par contre, elle rend le savon beaucoup moins durable et moins lavant.

La méthode mi-cuit ou d’empâtage

Surtout utilisée pour la fabrication des savons noirs et liquide, la saponification est effectuée par petits ajouts successifs de lessives de soude ou potasse pour que la liaison des huiles et bases soit complète, sous chauffe pour facilité la réaction. Le savon n’est pas lavé mais la faculté de la glycérine à séquestrer l’eau est utilisée pour avoir un savon liquide ou pâteux.

La méthode marseillaise ou savon liquidé

Elle débute comme la méthode mi-cuit et continue par le relargage, bain
d’eau salée qui rend le savon insoluble et permet d’enlever les lessives épuisées. Suit la cuisson pour finir de transformer tous les acides gras des huiles en savon. Pour le débarrasser de ses impuretés et lui donner la quantité d’eau normale et d’alcali libre, le savon est lavé avec une lessive faible ou de l’eau pure, ce qui lui permet d’absorber l’eau et de céder des électrolytes (entre autre la glycérine), cela s’appelle la liquidation. La pureté du savon fait l’attrait de cette méthode longue de 4 jours de fabrication. Le produit final nettoie parfaitement !
La savonnetterie est l’art et la manière de rajouter au savon qui lui nettoie, un autre effet, adoucissant, nourrissant, hydratant ou protecteur. Le but de cette méthode est de garder l’intégrité totale du produit ajouté.
Vous avez dit savon... connaissance, nous étions les premiers.

J’ai fait de nombreux essais pour savoir quels étaient le bon pourcentage, la bonne façon de l’intégrer et de le conserver, selon les méthodes que je connaissais. J’ai commencé par la saponification à froid et je me suis rendu compte après analyse que les éléments essentiels du lait d’ânesse étaient en grande partie abîmés par la chaleur car la saponification est une réaction exothermique, elle crée de la chaleur jusqu’à 70°C. L’autre solution est une méthode mécanique, à partir de savon déjà fabriqué et par broyage, les produits sont insérés sans les chauffer ni les dénaturer par aucune réaction chimique non contrôlable.
Quand cette pâte est homogène et stabilisée en eau, elle est boudinée avec une machine qui la recompacte et on passe les savons au moule pour leur donner une forme agréable. La difficulté pour le lait d’ânesse était sa nouveauté, nous n’avions aucune référence sur laquelle nous pouvions nous baser. Après moults essais, 5% de lait dans le savon nous a paru un bon compromis. Il changeait complètement l’effet sur la peau en la rendant douce et bien nourrie et il n’interférait pas dans le rôle détersif du savon qui sert avant tout à laver.
Nous avons fait un savon à 10% de lait (même jusqu’à 50%, quel désastre !), il ne perd pas son effet nettoyant mais par contre fond plus vite (nous pensons aussi à votre porte monnaie). Voilà mon métier, l’enseignement de mes deux maîtres me sert tous les jours en technique mais surtout pour envisager la nouveauté, pour essayer de comprendre et de faire au mieux sans barrière de méthode, sans partipris et surtout avec toute l’humilité nécessaire pour travailler un produit si noble.
Christophe Nadal

Savonnerie de la Goutte noire
63880 Le Brugeron - Tél. 04 73 72 60 92